Les activités d’influence commerciale et de création de contenu numérique génèrent des revenus aux sources multiples — rémunérations de partenariats de marque, revenus publicitaires des plateformes (YouTube, Twitch, Meta), dons des abonnés, ventes de produits dérivés ou de formations — dont le régime fiscal et social n’est pas uniforme. La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale a introduit un cadre réglementaire pour les activités d’influence, mais n’a pas défini de régime fiscal spécifique. La qualification fiscale des revenus se détermine selon les critères de droit commun, avec une attention particulière à la distinction entre Bénéfices Non Commerciaux (BNC) et Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC).
L’article en bref
- Les revenus d’influence sont imposables en BIC si l’activité présente un caractère commercial (vente de produits, intermédiation), en BNC si elle relève d’une activité libérale ou artistique.
- La loi sur l’influence commerciale impose aux influenceurs de déclarer les partenariats rémunérés : l’absence de déclaration peut être requalifiée en pratique commerciale trompeuse.
- Les revenus publicitaires YouTube/Twitch (AdSense, Partner Program) sont soumis à la TVA si le créateur dépasse le seuil de franchise de 36 800 € (prestations de services).
- Les dons et tips des abonnés (bits Twitch, super chats YouTube) constituent des revenus imposables à l’IR dans la catégorie BIC ou BNC selon la nature de l’activité principale.
- Le statut de micro-entrepreneur est compatible avec l’activité d’influenceur jusqu’à 77 700 € de CA (BNC) ou 188 700 € (BIC vente de marchandises).
Table of Contents
ToggleQualification fiscale des revenus : BIC ou BNC ?
La frontière entre BIC et BNC pour les créateurs de contenu dépend de la nature prédominante de l’activité :
| Type de revenus | Catégorie fiscale | Justification |
|---|---|---|
| Partenariats de marque (posts sponsorisés, placements produits) | BIC (activité commerciale) | Intermédiation commerciale, activité spéculative |
| Revenus publicitaires plateformes (AdSense YouTube) | BIC | Exploitation commerciale d’un espace publicitaire |
| Vente de formations, ebooks, produits numériques | BIC (ventes) ou BNC (œuvres de l’esprit) | Selon qualification des œuvres par le droit d’auteur |
| Dons des abonnés, tips, super chats | BIC (si habituel) ou présents d’usage (si occasionnels) | Caractère habituel et organisé de la collecte |
| Contenu artistique ou journalistique rémunéré | BNC ou salaires (si contrat de travail) | Possible qualification en droits d’auteur (article 92 du CGI) |
L’administration fiscale a précisé dans sa doctrine (BOFIP, BOI-BIC-CHAMP-20-60) que les activités d’influence commerciale relèvent de la catégorie BIC en raison de leur caractère d’activité commerciale. Cette qualification entraîne l’application du régime micro-BIC (abattement forfaitaire de 71 % pour les ventes ou 50 % pour les services) ou du régime réel BIC si le seuil de la franchise est dépassé.
La loi sur l’influence commerciale : obligations déclaratives et sanctions
La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023, codifiée dans le Code de la consommation, soumet les influenceurs à des obligations de transparence lors de la promotion de produits ou services contre rémunération (en argent ou en nature) :
- Mention explicite « #Pub » ou « #Sponsorisé » dans les contenus promotionnels rémunérés, visible dès l’affichage du contenu.
- Mention « #Collaboration commerciale » pour les placements de produits offerts sans rémunération directe.
- Interdiction de promouvoir certaines catégories de produits : chirurgie esthétique, actifs financiers spéculatifs (cryptomonnaies, forex sans agrément AMF), abonnements aux services de jeux d’argent non régulés.
L’absence de mention publicitaire constitue une pratique commerciale trompeuse par omission, passible d’une amende de 300 000 € et de 2 ans d’emprisonnement (article L. 132-2 du Code de la consommation). La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) assure le contrôle.
La parole de l’expert
Sur le plan fiscal, les cadeaux et dotations de produits reçus par les influenceurs en échange de publications constituent des avantages en nature imposables, évalués à leur valeur vénale, même en l’absence de flux monétaire. La DGFiP a confirmé cette position dans sa doctrine et lors de contrôles fiscaux ciblés sur les influenceurs en 2023 et 2024. Un influenceur qui reçoit des produits cosmétiques, des vêtements ou des billets d’avion en échange de publications doit les déclarer dans ses revenus professionnels à la valeur commerciale normale de ces produits ou prestations. L’absence de déclaration de ces avantages en nature constitue une omission de recettes, passible d’une majoration de 40 % pour manquement délibéré.
TVA sur les revenus publicitaires des plateformes
Les revenus publicitaires versés par YouTube (AdSense), Twitch (Partner Program) ou Meta sont des prestations de services B2B au sens de la TVA. Deux cas se présentent :
- Influenceur sous le seuil de franchise en base TVA (36 800 € pour les prestations de services en 2025) : aucune TVA à collecter ni à reverser. La plateforme américaine est redevable de la TVA en France via le mécanisme de l’autoliquidation.
- Influenceur assujetti à la TVA (au-delà du seuil ou sur option) : les rémunérations versées par des plateformes établies hors de France (États-Unis, Irlande) sont soumises à la TVA par autoliquidation chez le preneur (l’influenceur). Il doit déclarer la TVA sur ces revenus sur sa CA3 ou CA12, et la déduire immédiatement si son activité est entièrement taxable.
Dons et revenus Twitch/YouTube : traitement fiscal
Les dons et tips reçus de la communauté (bits Twitch, super chats et super stickers YouTube, abonnements payants de chaîne) constituent des revenus professionnels dès lors que le créateur les reçoit dans le cadre d’une activité organisée et habituelle. Ils sont imposables dans la catégorie BIC en règle générale.
La question des « présents d’usage » — cadeaux non sollicités de fans — ne s’applique qu’à des donations isolées et sans contrepartie. Dès que les dons sont associés à une contrepartie (accès à un chat privé, contenu exclusif, mention spéciale dans le stream), la qualification en revenus professionnels s’impose.
Obligations sociales : régime TNS et cotisations
Un influenceur exerçant à titre habituel et à titre principal est soumis aux cotisations du régime des Travailleurs Non Salariés (TNS) sous le régime de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), gérée par l’URSSAF. Les cotisations TNS représentent environ 45 % du bénéfice net pour des revenus modérés, avec un plancher de cotisations minimales même en cas de bénéfice faible ou nul. Le régime micro-social applicable aux micro-entrepreneurs prévoit des taux forfaitaires de 12,3 % du CA (BIC services) ou 21,2 % du CA (BIC ventes), ce qui constitue souvent un avantage significatif en début d’activité par rapport au régime réel TNS.
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