Pour s’installer en libéral, une infirmière doit d’abord justifier de l’expérience exigée par la convention (24 mois, soit 3 200 heures, en structure de soins), s’inscrire au tableau de l’Ordre puis demander son conventionnement à la CPAM. Elle déclare ensuite son activité sur le guichet unique des formalités dans les huit jours, ce qui l’affilie à l’Urssaf et à la CARPIMKO. Restent à choisir le lieu d’installation au regard du zonage, à souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle, à opter pour le micro-BNC ou la déclaration contrôlée et à provisionner les cotisations des premières années.
En bref
- Expérience : 24 mois (3 200 h) pour s’installer en conventionné, 18 mois (2 400 h) pour remplacer, sur les six dernières années.
- Ordre des démarches : Ordre infirmier, CPAM, guichet unique des formalités (Urssaf et CARPIMKO).
- Lieu : en zone sur-dotée, une arrivée pour un départ ; des aides existent en zones sous-dotées.
- Statut : pas de micro-entreprise pour une infirmière conventionnée ; le micro-BNC fiscal reste possible.
- Trésorerie : cotisations provisoires les deux premières années, puis régularisation : provisionnez chaque mois.
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ToggleQuelles conditions remplir avant de s’installer en libéral ?
Trois conditions précèdent toute installation : le diplôme d’État, l’inscription au tableau de l’Ordre et l’expérience exigée par la convention nationale des infirmiers. L’Ordre national des infirmiers rappelle que l’inscription est obligatoire pour tout infirmier, quel que soit son mode d’exercice. Le dossier se dépose en ligne ; le conseil départemental statue dans un délai maximal de trois mois à compter du dossier complet. En 2026, la cotisation ordinale d’une infirmière libérale est de 85 €, autorisation de remplacement comprise.
Pour être conventionnée, l’Assurance Maladie demande l’une de ces deux expériences, acquises au cours des six années précédant la demande :
- 24 mois, soit 3 200 heures, dans une structure de soins généraux ;
- ou 18 mois (2 400 heures) dans une telle structure, complétés par 6 mois (ou 800 heures, ou 109 jours) comme remplaçante d’une infirmière libérale conventionnée.
Pour remplacer, la condition est de 18 mois, soit 2 400 heures de travail effectif, sur les six dernières années. Enfin, l’article L. 1142-2 du Code de la santé publique oblige tout professionnel de santé libéral à souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle : l’attestation fait partie des pièces à préparer dès le départ.
Remplaçante, collaboratrice ou titulaire : par où commencer ?
Beaucoup d’infirmières commencent par des remplacements. C’est une façon de connaître un secteur et une patientèle avant d’investir, mais le cadre est strict :
| Mode d’exercice | Règles à connaître | Effet comptable |
|---|---|---|
| Remplaçante | Autorisation du conseil départemental de l’Ordre, valable un an et renouvelable ; deux infirmières remplacées au plus en même temps ; contrat écrit au-delà de vingt-quatre heures ou si les remplacements se répètent ; facturation avec sa propre carte CPS ; aucune activité conventionnée personnelle pendant le remplacement | Recettes = rétrocessions versées par la titulaire |
| Collaboratrice libérale | Contrat écrit à peine de nullité (article 18 de la loi n° 2005-882), sans lien de subordination ; possibilité de se constituer une patientèle personnelle | Recettes = vos honoraires ; redevance versée à la titulaire en dépense |
| Titulaire | Conventionnement à votre nom, choix du lieu soumis au zonage | Recettes et dépenses du cabinet ; rétrocessions versées à vos remplaçantes |
Après plus de trois mois de remplacement, la remplaçante ne peut pas s’installer pendant deux ans dans un cabinet où elle entrerait en concurrence directe avec l’infirmière remplacée, sauf accord notifié à l’Ordre (article R. 4312-87 du CSP). À vérifier avant de signer un bail dans le même quartier. Le calcul et la déclaration des sommes reversées sont détaillés dans notre guide de la rétrocession d’honoraires.
L’avenant n° 11 à la convention nationale des infirmiers, publié au Journal officiel du 6 mai 2026, encadre davantage le recours aux remplaçantes et aux salariées, avec des dates d’effet échelonnées entre le 1er juillet 2026 et 2029. Si votre projet repose sur des remplacements longs ou sur l’embauche d’une infirmière salariée, faites lire ces nouvelles limites avant de vous engager.
Peut-on s’installer où l’on veut en tant qu’infirmière libérale ?
Non : le conventionnement dépend du zonage infirmier publié par l’Assurance Maladie. Les communes sont classées en zones très sous-dotées, sous-dotées, intermédiaires, très dotées et sur-dotées. Dans une zone sur-dotée, une nouvelle infirmière n’est conventionnée qu’en remplacement d’un départ définitif : c’est la règle d’« une arrivée pour un départ ». En périphérie de ces zones, l’installation en zone intermédiaire ou très dotée suppose de réaliser les deux tiers de l’activité conventionnée dans la zone d’installation.
À l’inverse, des aides conventionnelles existent dans les zones sous-dotées. Au 9 avril 2025, ameli.fr présentait notamment le contrat d’aide à l’installation (CAII, 27 500 € sur cinq ans, non renouvelable) et le contrat d’aide à la première installation (CAPII, 37 500 € sur cinq ans). Ces montants précèdent l’avenant n° 11 : vérifiez-les auprès de votre CPAM au moment de la demande. Consultez la carte de votre commune sur ameli.fr avant toute signature de bail ou de reprise de patientèle.
Quelles démarches faire, et dans quel ordre ?
L’Urssaf décrit le parcours dans cet ordre : Ordre, CPAM, puis déclaration d’activité. La liste ci-dessous y ajoute les étapes comptables que nous faisons avec nos clientes.

Checklist d’installation de l’infirmière libérale
- Ordre national des infirmiersInscription au tableau, autorisation de remplacement si vous commencez par remplacer, cotisation ordinale.
- CPAMDemande de conventionnement, justificatifs d’expérience, numéro de praticien ; commande de la carte CPS et équipement de télétransmission.
- Assurance RCPContrat de responsabilité civile professionnelle, obligatoire pour exercer en libéral.
- Guichet unique des formalitésDéclaration de début d’activité sur formalites.entreprises.gouv.fr au plus tard huit jours après le début ; elle déclenche l’affiliation à l’Urssaf (régime PAMC) et à la CARPIMKO, sans formulaire séparé.
- AcreDemande d’exonération partielle de début d’activité si vos revenus restent sous le plafond publié par l’Urssaf.
- Compte bancaireUn compte réservé à l’activité : non imposé par un texte pour une infirmière conventionnée, mais c’est la condition d’une comptabilité lisible.
- Régime fiscalMicro-BNC ou déclaration contrôlée, à décider avant le premier soin sur un budget de dépenses réaliste.
- Provision mensuelleUn virement fixe vers un compte d’épargne pour l’Urssaf, la CARPIMKO, l’impôt et la CFE.
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Micro-BNC ou déclaration contrôlée : quel régime choisir au démarrage ?
Une infirmière conventionnée relève du régime social des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés (PAMC) : l’Urssaf indique qu’elle ne peut pas être auto-entrepreneur. Le choix porte donc sur le régime fiscal, pas sur le statut social.
En 2026, le micro-BNC s’applique si vos recettes n’ont pas dépassé 83 600 € (article 102 ter du CGI, version en vigueur depuis le 1er juillet 2026). L’administration retient un abattement forfaitaire de 34 %, au minimum 305 €, et vous déclarez vos recettes sur la 2042-C-PRO. En déclaration contrôlée, le bénéfice se calcule sur vos dépenses réelles et la 2035 est obligatoire.
Pour une infirmière qui démarre, le poste qui fait basculer le calcul est souvent le véhicule, suivi des cotisations et du matériel. Si ces frais réels dépassent 34 % des recettes, la déclaration contrôlée devient plus favorable, au prix d’une tenue rigoureuse. Les soins infirmiers sont exonérés de TVA (article 261, 4, 1° du CGI) : vous ne facturez pas de TVA et ne la récupérez pas sur vos achats. Notre liste des frais et charges déductibles aide à faire l’inventaire.
Côté fiscalité locale, la cotisation foncière des entreprises n’est pas due l’année de création, et la base est réduite de moitié la première année d’imposition (article 1478 du CGI). Elle arrive donc en fin de deuxième année civile : à intégrer au budget dès le départ.
Quelles cotisations prévoir la première année ?
Les deux premières années, l’Urssaf calcule des cotisations provisoires sur des bases forfaitaires, puis les régularise sur vos revenus réels. Vous pouvez déclarer un revenu estimé pour rapprocher les appels de la réalité ; l’Urssaf précise qu’un écart n’entraîne pas de pénalité. La régularisation arrive quand l’activité a déjà augmenté, d’où l’intérêt d’une provision calculée sur le revenu réel.
Deux organismes appellent vos cotisations :
- l’Urssaf (régime PAMC) : maladie, allocations familiales, CSG-CRDS, formation. Pour l’activité conventionnée, l’Assurance Maladie prend en charge une partie de la cotisation maladie ;
- la CARPIMKO : retraite de base, complémentaire, allocations supplémentaires de vieillesse (ASV, en partie financées par l’Assurance Maladie) et invalidité-décès, forfaitaire de 1 022 € en 2026.
Depuis le 1er janvier 2026, l’Acre des praticiens et auxiliaires médicaux exonère 25 % des cotisations concernées si le revenu ne dépasse pas 36 045 €, de façon dégressive jusqu’à 48 060 €, et plus du tout au-delà (urssaf.fr, mise à jour du 15 juin 2026). Le détail des appels et des échéances de la caisse figure sur notre page cotisations CARPIMKO des auxiliaires médicaux.
Exemple de calendrier (fictif)
Camille, inscrite à l’Ordre et conventionnée, donne son premier soin le 10 mars. Elle doit déclarer son activité sur le guichet unique au plus tard le 18 mars. Son affiliation à la CARPIMKO prend effet au premier jour du trimestre civil suivant, le 1er avril. Elle ne paie pas de CFE l’année de création ; l’année suivante, la base est réduite de moitié. Au printemps de l’année suivante, elle déclare ses revenus de mars à décembre : micro-BNC sur la 2042-C-PRO, ou 2035 si elle a opté pour la déclaration contrôlée. La régularisation Urssaf de sa première année suit cette déclaration.
Point de vigilance du cabinet. Le piège de la première année n’est pas fiscal, il est de trésorerie. Les appels provisoires sont faibles, le compte se remplit, puis la régularisation et la deuxième année arrivent ensemble. Nous conseillons un virement fixe chaque mois vers un compte séparé, calculé sur les recettes réelles et revu au bout de trois mois. Gardez aussi la trace de vos kilomètres professionnels dès le premier jour, sans aucune donnée patient : sans relevé, la déduction du véhicule devient difficile à justifier.
Questions fréquentes
Combien d’années d’expérience faut-il pour devenir infirmière libérale ?
Pour être conventionnée en tant que titulaire : 24 mois, soit 3 200 heures, en structure de soins généraux au cours des six dernières années, ou 18 mois complétés par 6 mois de remplacement. Pour remplacer : 18 mois, soit 2 400 heures de travail effectif sur les six dernières années.
Une infirmière libérale peut-elle être auto-entrepreneur ?
Non, si elle est conventionnée : l’Urssaf indique qu’un praticien ou auxiliaire médical conventionné relève du régime PAMC et ne peut pas être auto-entrepreneur. Elle peut en revanche relever du régime fiscal micro-BNC tant que ses recettes restent sous le seuil de l’article 102 ter du CGI.
Quelles démarches faire pour s’installer en infirmière libérale ?
Inscription à l’Ordre national des infirmiers, conventionnement auprès de la CPAM, puis déclaration de début d’activité sur le guichet unique des formalités dans les huit jours, qui vaut affiliation à l’Urssaf et à la CARPIMKO. S’y ajoutent l’assurance RCP obligatoire, la carte CPS, le choix du régime fiscal et l’ouverture d’un compte dédié.
Quelles aides pour s’installer en infirmière libérale ?
Dans les zones sous-dotées, l’Assurance Maladie propose des contrats d’aide, dont le CAII et le CAPII pour une première installation. L’Urssaf accorde l’Acre sous plafond de revenus depuis le 1er janvier 2026. Les montants et conditions se vérifient auprès de la CPAM et sur urssaf.fr au moment de la demande.
Quand une infirmière libérale paie-t-elle la CFE ?
Pas l’année de création. L’année suivante, la cotisation foncière des entreprises est due sur une base réduite de moitié (article 1478 du CGI). Elle apparaît donc en fin de deuxième année civile d’activité : prévoyez-la dans votre provision mensuelle.
Faut-il un expert-comptable pour s’installer en libéral ?
Ce n’est pas obligatoire. Il devient utile pour comparer micro-BNC et 2035 sur vos chiffres, organiser les frais de véhicule, tenir la 2035 et budgéter les régularisations. Si vous en prenez un, une lettre de mission écrite doit définir ce qui est inclus.
Sources officielles consultées (vérifiées le 22/10/2026)
- Ordre national des infirmiers, s’inscrire à l’Ordre et cotisation ordinale
- Ordre national des infirmiers, devenir infirmier remplaçant
- Ameli, processus d’installation de l’infirmier (MAJ 09/04/2025)
- Ameli, remplacements (MAJ 23/06/2026)
- Légifrance, arrêté du 5 mai 2026 portant approbation de l’avenant n° 11 à la convention nationale des infirmiers
- Urssaf, devenir praticien ou auxiliaire médical (MAJ 04/02/2025)
- Urssaf, comprendre vos cotisations et Acre (MAJ 15/06/2026)
- Urssaf, cotisations de l’auxiliaire médical
- CARPIMKO, m’affilier et cotisations
- Légifrance, article 102 ter du CGI (micro-BNC) ; article 261 du CGI ; article 1478 du CGI (CFE)
- Légifrance, article L. 1142-2 du CSP (assurance RCP) ; article 18 de la loi n° 2005-882 (collaboration libérale)
Rédigé par Cyril Cattan, expert-comptable associé.
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