La liasse fiscale désigne l’ensemble des déclarations de résultats accompagnées de leurs annexes obligatoires que toute société soumise à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu (dans la catégorie BIC, BNC ou BA) dépose auprès de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP). Ce dépôt s’effectue exclusivement par voie électronique via le protocole EDI-TDFC (Échange de Données Informatisé – Transfert des Données Fiscales et Comptables) ou, pour les adhérents des téléprocédures en ligne, via la procédure EFI. Une connaissance précise des délais, des procédures d’urgence et des tolérances administratives en vigueur permet d’éviter les pénalités de retard et les mises en demeure.
L’article en bref
- La date limite de dépôt de la liasse fiscale est fixée au deuxième jour ouvré suivant le 1er mai pour les exercices clôturés au 31 décembre (soit le 3 mai 2026 pour les exercices 2025).
- Pour les exercices à date de clôture décalée, le délai est de 3 mois après la clôture, prorogé de 15 jours en cas de dépôt par EDI.
- En cas de blocage EDI, une procédure de secours EFI sur le portail impots.gouv.fr reste accessible jusqu’à minuit le jour de la date limite.
- La DGFiP tolère des corrections de liasse dans les 3 mois suivant la date limite, sans pénalité, via un dépôt rectificatif.
- Le défaut de dépôt entraîne une majoration de 10 % des droits mis à recouvrement (article 1728 du CGI), portée à 40 % en cas de mise en demeure restée sans suite.
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ToggleDélais de dépôt selon la date de clôture de l’exercice
L’article 223, I du CGI fixe les modalités de dépôt. Le délai varie selon la date de clôture de l’exercice social :
| Date de clôture | Délai légal | Prorogation EDI | Date limite effective (exercice 2025) |
|---|---|---|---|
| 31 décembre | 2e jour ouvré suivant le 1er mai | Non applicable (délai identique) | 3 mai 2026 |
| 31 mars | 3 mois après clôture | + 15 jours calendaires | 15 juillet 2025 |
| 30 juin | 3 mois après clôture | + 15 jours calendaires | 15 octobre 2025 |
| 30 septembre | 3 mois après clôture | + 15 jours calendaires | 15 janvier 2026 |
La prorogation de 15 jours pour les dépôts EDI résulte d’une tolérance administrative formalisée dans la doctrine fiscale publiée au BOFIP (Bulletin Officiel des Finances Publiques). Elle ne constitue pas un droit opposable mais la DGFiP l’applique de façon constante. La mention « EDI » sur le bordereau de dépôt suffit à bénéficier de cette prorogation.
Les formulaires constitutifs de la liasse fiscale
Pour une société soumise à l’IS au régime réel normal, la liasse comprend les déclarations suivantes :
- Formulaire 2065 : déclaration du résultat fiscal de l’IS (résultat comptable retraité des réintégrations et déductions extra-comptables).
- Tableau 2050 : bilan actif.
- Tableau 2051 : bilan passif.
- Tableau 2052-2053 : compte de résultat (charges et produits).
- Tableau 2058-A : détermination du résultat fiscal (tableau de passage du résultat comptable au résultat fiscal).
- Tableau 2058-B : déficits, amortissements réputés différés et provisions non déductibles.
- Tableau 2059-E : détermination de la valeur ajoutée pour le calcul de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises).
- Formulaire 2069-RCI : récapitulatif des crédits d’impôt (CIR, CII, CICE résiduel, etc.).
Pour le régime simplifié d’imposition (RSI), les tableaux sont allégés (formulaires 2033-A à 2033-G), mais l’obligation de télétransmission reste identique.
Procédure de dépôt EDI : acteurs et flux
La télétransmission EDI-TDFC s’appuie sur un réseau d’Organismes de Gestion Agréés (OGA), de partenaires EDI habilités par la DGFiP, et de prestataires techniques. Le cabinet comptable transmet les données au partenaire EDI qui les route vers le serveur TDFC de la DGFiP. Le cycle de traitement génère plusieurs types d’accusés :
- Accusé de réception technique (ART) : confirme la réception du fichier par le réseau EDI. Il ne vaut pas accusé de traitement par la DGFiP.
- Compte rendu de traitement (CRT) : émis par la DGFiP, il confirme l’enregistrement effectif dans les systèmes de la direction. Seul cet accusé fait foi en cas de litige sur la date de dépôt.
La parole de l’expert
En cas d’incident technique sur le réseau EDI le jour de la date limite — panne du partenaire EDI, indisponibilité du serveur TDFC — la DGFiP reconnaît une force majeure technique si le cabinet peut produire une trace de la tentative d’envoi (capture d’écran horodatée, courriel de l’éditeur confirmant l’incident). Dans ce cas, le dépôt en procédure EFI de secours, via le compte professionnel sur impots.gouv.fr, doit être effectué dans les 48 heures suivant la résolution de l’incident. La position administrative sur ce point est documentée dans le BOFIP sous la référence IS – Obligations déclaratives. Il convient de conserver systématiquement les preuves de tentative d’envoi, car la charge de la preuve de la force majeure repose sur le déclarant.
Procédure de secours en cas de bug EDI
Lorsque le dépôt EDI échoue à répétition dans les heures précédant la date limite, trois actions doivent être menées simultanément :
- Contacter le partenaire EDI pour obtenir un rapport d’incident horodaté par écrit (courriel ou portail de support).
- Déposer via la procédure EFI sur le compte fiscal professionnel (impots.gouv.fr). Cette procédure accepte les fichiers au format natif des logiciels comptables compatibles ou une saisie manuelle des données essentielles via les formulaires en ligne.
- Adresser un courriel à la Direction Régionale ou Départementale des Finances Publiques compétente, en exposant le contexte technique, avec les preuves jointes.
La DGFiP dispose d’une salle de surveillance TDFC qui peut confirmer l’existence d’incidents systémiques documentés. Dans ce cas, une note interne est diffusée aux partenaires EDI et la tolérance est automatiquement accordée.
Tolérances administratives et dépôts rectificatifs
La DGFiP admet le dépôt d’une liasse rectificative dans un délai de 3 mois suivant la date limite de dépôt initiale, sans pénalité automatique, à condition que la rectification ne résulte pas d’un contrôle fiscal engagé. Ce dépôt rectificatif permet de :
- Corriger des erreurs de tableaux ou d’annexes sans incidence sur le résultat fiscal.
- Intégrer des éléments oubliés (un crédit d’impôt non déclaré, une déduction extracomptable omise).
- Modifier le résultat fiscal en faisant apparaître un supplément d’impôt ou, au contraire, un excédent de versement générant une créance sur le Trésor.
Au-delà de ce délai de 3 mois, la rectification reste possible dans le cadre du droit de réclamation prévu à l’article L. 190 du Livre des Procédures Fiscales, dans un délai général de deux ans à compter du versement de l’impôt contesté.
Pénalités applicables en cas de retard ou d’absence de dépôt
L’article 1728 du CGI organise la graduation des pénalités :
| Situation | Majoration applicable |
|---|---|
| Dépôt tardif spontané (avant mise en demeure) | 10 % des droits rappelés |
| Dépôt dans les 30 jours d’une mise en demeure | 10 % des droits rappelés |
| Dépôt au-delà de 30 jours d’une mise en demeure | 40 % des droits rappelés |
| Absence de dépôt après mise en demeure (taxation d’office) | 40 % des droits rappelés |
| Activité occulte | 80 % des droits rappelés |
À ces majorations s’ajoutent les intérêts de retard au taux de 0,20 % par mois (2,40 % par an) depuis le 1er janvier 2018, calculés sur les droits éludés. Une société dont le résultat fiscal est négatif (déficitaire) n’encourt pas de droits en principal mais reste exposée aux majorations si la liasse n’est pas déposée, la DGFiP pouvant reconstituer un résultat positif par voie de taxation d’office.
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