La cession de titres sociaux — qu’il s’agisse de parts sociales (SARL) ou d’actions (SAS, SA) — est l’une des opérations les plus fréquentes dans la vie des sociétés. Elle permet à un associé de sortir du capital, à un repreneur d’entrer, ou aux associés de rééquilibrer leurs participations. Derrière cette opération en apparence simple se cache un enchaînement précis : évaluation des titres, vérification des clauses d’agrément, rédaction de l’acte de cession, enregistrement, déclaration fiscale de la plus-value et, selon le type de société, mise à jour des registres. Passer l’une de ces étapes entraîne des conséquences juridiques ou fiscales. Ce guide détaille chaque phase.
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ToggleÉtape 1 : évaluation des titres
Avant toute chose, les parties doivent s’accorder sur un prix. L’évaluation repose sur plusieurs méthodes selon la nature de la société :
- Méthode patrimoniale : actif net corrigé (ANC), pertinente pour les holdings ou sociétés immobilières
- Méthode par les flux : discounted cash flows (DCF), adaptée aux sociétés en croissance
- Méthode par les comparables : multiples d’EBE ou de CA observés sur des transactions comparables
- Méthode mixte : combinaison des approches patrimoniale et de rentabilité
La valorisation établie par l’expert-comptable sert de base aux négociations et peut être exigée par l’administration fiscale pour vérifier que le prix n’est pas anormalement bas (risque de libéralité taxable).
Étape 2 : vérification des clauses d’agrément
En SARL, la cession de parts sociales à un tiers (non associé) est soumise à l’agrément des associés à la majorité des parts représentant au moins la moitié des parts sociales, sauf clause statutaire plus favorable. Sans agrément, la cession est inopposable à la société.
En SAS, les statuts définissent librement les clauses d’agrément, de préemption ou d’inaliénabilité. Certains pactes d’actionnaires ajoutent des droits de sortie conjointe (tag along) ou des obligations de sortie conjointe (drag along) qui doivent être respectés.
Étape 3 : la rédaction de l’acte de cession
L’acte de cession de parts sociales ou d’actions n’est pas obligatoirement notarié. Il peut être rédigé sous seing privé. Il doit mentionner :
- L’identité du cédant et du cessionnaire
- La désignation précise des titres cédés (nombre, valeur nominale, numérotation si applicable)
- Le prix de cession
- Les modalités de paiement (comptant, crédit-vendeur, séquestre)
- Les garanties données par le cédant (garantie d’actif et de passif, déclarations et garanties)
- Les conditions suspensives éventuelles (agrément, financement)
Étape 4 : droits d’enregistrement
L’acte de cession doit être enregistré auprès du service des impôts des entreprises (SIE) dans le délai d’un mois suivant sa date. Les droits d’enregistrement varient selon le type de titres :
| Type de titres | Taux des droits d’enregistrement | Plafond |
|---|---|---|
| Parts sociales (SARL, SNC…) | 3 % du prix de cession | Abattement de 23 000 € × (nombre de parts cédées / total des parts) sur chaque part cédée |
| Actions (SAS, SA, SCA…) | 0,1 % du prix de cession | Sans plafond |
Les droits d’enregistrement sont à la charge du cessionnaire, sauf convention contraire entre les parties.
Étape 5 : déclaration fiscale de la plus-value
Le cédant personne physique doit déclarer la plus-value réalisée via le formulaire 2074 (plus-values et gains divers) joint à sa déclaration annuelle de revenus. La plus-value est soumise au PFU de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) ou au barème progressif sur option.
La plus-value = Prix de cession − Prix d’acquisition − Frais d’acquisition et de cession.
Certains abattements anciens (pour durée de détention, selon la date d’acquisition) subsistent sous conditions mais ne s’appliquent plus aux cessions réalisées après le 1er janvier 2018 dans le cadre du PFU.
Parole de l’expert
Beaucoup de cédants oublient d’intégrer dans le prix de revient les apports en compte courant d’associé convertis en capital, les augmentations de capital auxquelles ils ont participé ou les frais d’acquisition payés lors de l’entrée au capital. Recalculer soigneusement le prix d’acquisition permet souvent de réduire significativement la base taxable de la plus-value.
Étape 6 : formalités auprès de l’INPI
La cession de parts sociales ou d’actions doit être inscrite au Registre National des Entreprises (RNE), désormais géré par l’INPI via le guichet unique. Cette mise à jour est nécessaire pour que la nouvelle répartition du capital soit opposable aux tiers.
En SARL, la modification de la répartition du capital est accompagnée d’une mise à jour des statuts et d’une publication dans un journal d’annonces légales si la cession entraîne un changement de gérant ou une modification substantielle de la structure.
FAQ – Cession de titres sociaux
Un associé peut-il céder ses parts sans l’accord des autres en SARL ?
La cession à un tiers requiert l’agrément de la majorité des associés représentant au moins la moitié des parts. En revanche, la cession à un associé déjà présent, au conjoint, à un ascendant ou descendant est libre, sauf clause statutaire contraire. La cession sans agrément requis est nulle et non avenue.
Qu’est-ce qu’une garantie d’actif et de passif (GAP) ?
La GAP est une clause par laquelle le cédant garantit au cessionnaire que la valeur nette des actifs au jour de la cession est bien celle déclarée, et que les passifs non identifiés à la clôture sont à sa charge. Elle protège le repreneur contre les dettes cachées ou les litiges antérieurs à la cession. Sa durée, ses seuils de déclenchement et ses plafonds sont négociés librement.
Les pertes d’une société cédée peuvent-elles réduire la plus-value du cédant ?
Les pertes figurant au bilan de la société cédée réduisent sa valeur et donc le prix de cession, ce qui diminue mécaniquement la plus-value. En revanche, les déficits fiscaux de la société cédée ne sont pas transmis au cessionnaire : ils restent dans la société.
Pour accompagner votre cession de A à Z — évaluation, rédaction de la garantie, déclaration fiscale — Figital Expertise intervient à chaque étape : évaluation d’entreprise — service juridique du cabinet.
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